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Développer l'habileté à faire des inférences de 3 à 6 ans

09/12/2020 13:00:00

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Il est généralement admis que les enfants commencent à pouvoir faire des inférences à partir de l’âge de 3 ans, peut-être même avant. Pour cette raison, poser des questions qui demandent de faire des inférences pendant la lecture de livres est une pratique généralement recommandée. Mais est-ce vraiment la meilleure pratique?

Faire des inférences : pourquoi et à quel âge? 

Faire une inférence, c’est tenir compte d’une information qui n’est pas explicitement formulée dans le discours oral ou écrit. Pour y parvenir, il faut faire appel à ses connaissances et tenir compte du contexte. L’intérêt pour l’habileté à faire des inférences à l’oral vient du fait que les habiletés en compréhension de textes des élèves au primaire sont corrélées à des habiletés langagières orales, dont la capacité à faire des inférences (Oakhill et Cain, 2007, dans Lefebvre, Bruneau et Desmarais, 2012).

Paméla Filiatrault-Veilleux et ses collaborateurs (2016) ont étudié les habiletés inférentielles d’enfants franco-québécois de 3 à 6 ans à partir de questions qui leur étaient posées au fil d’une histoire qui leur était racontée. Les inférences que les enfants devaient faire étaient liées au problème présenté dans le récit, à la résolution de ce problème, et également aux états internes, aux émotions, aux buts et aux tentatives de résolution de problèmes des personnages. Si les enfants de 5 à 6 ans répondaient correctement aux questions dans 75 % à 85 % des cas, les enfants de 3 à 4 ans n’y répondaient correctement que dans une proportion de 41 % à 53 %. Filiatrault-Veilleux et ses collaborateurs (2016) concluent que la capacité à répondre à tous les types de questions d’inférence et d’offrir une réponse de qualité aux questions augmente graduellement avec l’âge.

Comment soutenir l’habileté à faire des inférences?

Les données présentées par Filiatrault-Veilleux et ses collaborateurs (2016) laissent penser que poser des questions inférentielles pendant la lecture d’une histoire n’est peut-être pas la meilleure façon d’aider les plus petits de 3 à 4 ans à développer leur habileté à faire des inférences. C’est d’ailleurs ce que suggèrent aussi Lefebvre, Bruneau et Desmarais (2012) dans un article qui aborde les différents types d’inférences. Selon ces auteurs, même si la narration d’une histoire offre un contexte propice à faire des inférences, le jeune enfant n’en fera pas spontanément. En ce sens, il serait donc préférable que l’adulte fournisse des modèles de génération d’inférences avant de demander à l’enfant d’en faire lui-même. Par exemple, l’adulte pourrait partager ses réflexions inférentielles à haute voix. L’enfant serait ainsi guidé progressivement vers une pratique autonome.  

Davies, McGillion, Rowland et Matthew (2020) ont publié récemment une étude randomisée qui laisse aussi penser que le simple fait de poser des questions d’inférence aux enfants de 3 à 4 ans pendant une lecture n’est pas la meilleure pratique pour les aider à développer leurs habiletés inférentielles. Lors de l’étude, une formation a été offerte à un groupe de parents afin qu’ils posent des questions inférentielles à leurs enfants de 4 ans pendant la lecture de livres d’histoires. Les parents du groupe contrôle ne recevaient pas cette formation. Finalement, le fait que les parents ayant eu la formation posent plus de questions d’inférences à leurs enfants pendant la lecture n’a pas eu d’effet significatif sur les habiletés inférentielles des tout-petits. 

Toutefois, d’autres chercheurs (Dawes et collab., 2019) ont réalisé une étude randomisée sur les effets d’une intervention visant à soutenir le développement d’habiletés inférentielles chez des enfants de 5 à 6 ans présentant un trouble développemental du langage. L’intervention offerte aux enfants du groupe test comportait certaines questions d’inférence, mais était plus étoffée. Elle s’appuyait en effet sur 13 principes, exigeant aussi de l’adulte de penser à voix haute, de faire des liens entre l’histoire et les expériences personnelles de l’enfant, d’utiliser des stratégies pour intéresser les enfants à la lecture, de lire la même histoire plusieurs fois, etc. Dans ce contexte, les enfants du groupe test ont amélioré significativement leurs habiletés d’inférences comparativement aux enfants du groupe contrôle. 

En résumé…

Les chercheurs et les intervenants s’entendent sur la pertinence d’aider les enfants d’âge préscolaire et aussi d’âge scolaire à développer leurs habiletés inférentielles. Toutefois, il ne suffit pas de poser des questions aux enfants du type « comment se sent le personnage? », « que va-t-il se passer? » pendant la lecture d’histoires pour les soutenir dans l’acquisition de ces habiletés, encore moins lorsque les enfants ont 3 ou 4 ans. Une façon efficace d’aider les tout-petits à faire des inférences serait de partager souvent avec eux des raisonnements inférentiels pendant une lecture interactive, tout en leur posant des questions quand leur niveau de développement semble le permettre. 

Références

Davies, C., McGillion, M., Rowland, C. et Matthews, D. (2020). Can inferencing be trained in preschoolers using shared book-reading? A randomised controlled trial of parents’ inference-eliciting questions on oral inferencing ability. Journal of Child Language, 47(3), 655-679. doi: https://doi.org/10.1017/S0305000919000801

Dawes, E., Leitão, S., Claessen, M. et Kane, R. (2019). A randomized controlled trial of an oral inferential comprehension intervention for young children with developmental language disorder. Child Language Teaching and Therapy, 35(1), 39–54. https://doi.org/10.1177/0265659018815736

Filliatrault-Veilleux, P., Bouchard, C., Trudeau, N. et Desmarais, C. (2016). Comprehension of inferences in a narrative in 3- to 6-year-old children. Journal of Speech, Language and Hearing Research 59(5), 1099–1110. https://doi.org/10.1044/2016_JSLHR-L-15-0252

Lefebvre, P., Bruneau, J. et Desmarais, C. (2012). Analyse conceptuelle de la compréhension inférentielle en petite enfance à partir d’une recension des modèles théoriques. Revue des sciences de l’éducation, 38(3), 533-553. Repéré à https://www.erudit.org/fr/revues/rse/2012-v38-n3-rse01175/1022711ar.pdf

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