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L’évaluation des habiletés perceptuelles chez les enfants d’âge préscolaire présentant des difficultés de production des sons de la parole

L’évaluation des habiletés perceptuelles chez les enfants d’âge préscolaire présentant des difficultés de production des sons de la parole

 

En clinique, la sélection d’objectifs orthophoniques visant l’amélioration de la parole d’un enfant est affaire courante. En fait, ils sont parmi les plus fréquemment visés auprès de la clientèle préscolaire (Thomas-Stonell, Oddson, Robertson, & Rosenbaum, 2010). L’amélioration de la parole est un des motifs de consultation les plus courants, les parents étant souvent inquiets du fait que leur enfant n’est pas toujours bien compris par les membres de l’entourage. Ainsi, l’évaluation de la production de la parole, réalisée à l’aide d’un bilan phonologique et d’échantillons de langage spontané, fait souvent partie intégrante d’une évaluation orthophonique auprès de la clientèle préscolaire. Toutefois, quand des difficultés sont relevées, qu’en est-il de l’évaluation du volet perceptuel? Actuellement, peu d’orthophonistes évaluent les habiletés de perception de la parole des enfants, sans doute parce qu’il y a peu d’outils pour le faire (Skahan, Watson, & Lof, 2007). Les difficultés de perception de la parole passent donc souvent inaperçues… tant aux oreilles des parents que de celles des orthophonistes!

 

Les difficultés de perception de la parole chez les enfants présentant des troubles développementaux des sons de la parole.

Les difficultés de perception de la parole affecteraient 30 à 40 % des enfants présentant des troubles développementaux des sons de la parole (TSP) (Speech Sound Disorders  / SSD), (Bernthal, Bankson, & Flipsen, 2013; Rvachew & Grawburg, 2008). Ces enfants ont effectivement des difficultés sur le plan de la perception des sons (p. ex., des difficultés à discriminer, identifier et catégoriser les sons), comparativement à des groupes d’enfants se développant normalement, ce qui a été démontré par maintes études dans le domaine (Hoffman, Daniloff, Bengoa, & Schuckers, 1985; Preston, Irwin, & Turcios, 2015; Rvachew & Jamieson, 1989; Rvachew, 2010; Shiller, Rvachew, & Brosseau-Lapré, 2010).

Plus spécifiquement, les enfants présentant un TSP auraient davantage de difficultés dans des tâches d’identification et de discrimination phonémique (Rvachew, 2010). La discrimination phonémique est définie comme la capacité à distinguer la différence entre deux phonèmes. En anglais, pour mesurer ce type d’habileté, les chercheurs évaluent entre autres la capacité des enfants anglophones à distinguer la différence entre deux paires, par exemple /re/ et /we/, qui doivent être jugées différentes, et /re/ et /re/, qui doivent être jugées similaires. Ces tâches s’avèrent beaucoup plus ardues pour les enfants ayant un TSP que pour les enfants tout-venant (Preston et al., 2015). De surcroit, d’autres études rapportent que les enfants présentant un trouble phonologique discrimineraient plus difficilement des phonèmes ne différant que par un trait de voisement ou un point d’articulation (Maillart, Schelstraete, & Hupet, 2004).

Rvachew (2010) aborde la nature de certaines difficultés perceptuelles chez les enfants présentant un TSP qui ont été relevées dans différentes études. Elle rapporte entre autres que ces enfants sont capables de percevoir la parole clairement produite dans des conditions d’écoute idéale (par exemple, dans un bureau d’orthophoniste), mais que leur performance chute ou est rapidement compromise en présence de faibles dégradations dans la qualité du signal sonore ou de la condition d’écoute. Or il est facile de s’imaginer que les conditions d’écoute sont loin d’être toujours idéales dans la vie quotidienne des jeunes enfants. Rvachew (2010) mentionne également que les erreurs de perception des enfants reflètent souvent leurs erreurs d’articulation. Il serait donc plus difficile pour ces enfants de discriminer le phonème cible de celui qui leur sert de substitut dans les mots. À titre d’exemple, un enfant qui antériorise les vélaires, donc qui substitue le phonème /k/ par le /t/, pourrait présenter de la difficulté à discriminer le /k/ du /t/, mais ne pas présenter de problème à discriminer le /t/ d’autres phonèmes. En effet, il est soulevé dans quelques études que les difficultés perceptuelles relevées chez les enfants présentant un TSP sont le plus souvent associées à des sons spécifiques qui sont mal prononcés dans les productions des enfants (Byun, 2012; Rvachew & Jamieson, 1989; Sénéchal, Ouellette, & Young, 2004).

 

La pertinence d’évaluer les habiletés perceptuelles des enfants d’âge préscolaire

Les données de recherche justifient amplement l’importance d’évaluer la perception de la parole des enfants en contexte clinique, en visant plus spécifiquement les sons mal produits. Ainsi, une bonne évaluation des difficultés de perception de la parole pourrait avoir des implications directes pour le traitement. En effet, les enfants doivent être en mesure d’identifier les productions acceptables et inacceptables pour maitriser un phonème, la capacité à détecter les erreurs étant déterminante pour l’autocorrection et la généralisation (Preston et al., 2015).

L’intervention visant l’aspect perceptuel de la parole a d’ailleurs démontré son efficacité dans des études de type « essai randomisé contrôlé » (ERC) (randomized controlled trial [RCT]) (Rvachew, Nowak, & Cloutier, 2004; Wolfe, Presley, & Mesaris, 2003). Au moins deux études ont utilisé des tâches d’identification phonémique – en utilisant le logiciel Speech Assessment and Interactive Learning System (SAILS; Avaaz Innovations, 1994) – au cours desquelles l’enfant doit prendre une décision entre les productions correctes et erronées de locuteurs enfants et adultes. Lorsque l’intervention visant l’aspect perceptuel est ajoutée à l’intervention visant la production du phonème cible, comparativement à l’intervention visant la production uniquement, les enfants font des gains plus rapidement (Tyler, 2008). Ainsi, l’ajout de l’aspect perceptuel en thérapie améliorait considérablement l’efficacité des interventions orthophoniques auprès des enfants à l’étude (Rvachew et al., 2004).

 

Dans la pratique…

Dans la pratique orthophonique, lorsqu’un enfant présente des difficultés sur le plan de la production de la parole, il s’avère important de vérifier ses habiletés sur le plan perceptuel, en visant surtout les sons mal produits. Le cas échéant, inclure un entrainement perceptuel de façon concomitante à l’intervention visant la production permettrait sans doute de favoriser une plus grande efficacité de l’intervention.

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