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Le yoga, la pleine conscience et les émotions chez les enfants et les adolescents.

26/09/2018 14:22:24

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La pleine conscience favorise l’acceptation des émotions.

Il est reconnu que la conscience émotionnelle favorise l’acceptation des émotions. Cette conscience des émotions est facilitée par une attitude d’ouverture et d’accueil (Deplus et Lahaye, 2015). La respiration est un outil inestimable lorsqu’il est question d’autorégulation et de bien-être psychologique. Le souffle, au même titre que d’autres techniques d’ancrage, favorise la connexion avec le moment présent. Le yoga, qui est de plus en plus populaire tant auprès des adultes que des jeunes, s’appuie notamment sur cette prémisse. Une pratique en plein essor, la pleine conscience, pointe dans le même sens. Cet article propose de démystifier la pleine conscience chez les enfants et les adolescents. 

Longtemps réservés aux adeptes de la méditation, la pleine conscience et ses effets positifs sur la santé physique et mentale font désormais l’objet de nombreuses études conduites auprès de populations variées ; les disciplines s’attardant à ce concept sont multiples, allant de la médecine à l’éducation, en passant par la psychologie clinique, la santé globale et les neurosciences (Ngô, 2013 ; Williams et Kabat-Zinn, 2011). La pleine conscience est une compétence qui permet d’être moins en réaction à ce qui se passe au moment présent, tout en demeurant ouvert à toutes les expériences, qu’elles soient positives, négatives ou neutres (Germer, 2013). En d’autres termes, elle amène à observer ce qui se passe avec du recul plutôt que d’être immergé dans l’expérience (Deplus et al., 2014). La pleine conscience est vue comme une compétence qui se développe à travers la pratique (Bishop et al., 2004 ; Bouvet et al., 2015 ; Germer, 2013 ; Kabat-Zinn, 2003). Du point de vue de l’intervention auprès des enfants et des adolescents, une question se pose : est-ce qu’amener les jeunes vers une pratique de pleine conscience peut constituer un outil d’intervention ? La réponse est oui! 

La pleine conscience et son application dans les thérapies cognitivo-comportementales de troisième vague

La pleine conscience occupe une place centrale dans les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) de troisième vague (Bouvet et al., 2015 ; Csillik et Tafticht, 2012 ; Ngô, 2013), qui sont utilisées tant chez les jeunes que chez les adultes. La pleine conscience augmente la capacité de l’individu à composer avec les processus mentaux qui contribuent à la détresse psychologique et à l’adoption de comportements dysfonctionnels (Bishop et al., 2004) en plus de favoriser la régulation émotionnelle (Csillik et Tafticht, 2012; Deplus et Lahaye, 2015). En ce sens, différentes approches de traitement (p. ex. : mindfulness based stress therapy – MBSR ; mindfulness based cognitive therapy – MBCT) utilisent la méditation dans le but de cultiver la capacité d’évoquer et d’appliquer la pleine conscience afin d’augmenter le bien-être et de favoriser la santé mentale (Bishop et al., 2004 ; Deplus et al., 2014). Les interventions axées sur la pleine conscience révèlent des impacts positifs chez les jeunes (Gosselin et Turgeon, 2015 ; Deplus et al., 2014; Deplus et Lahaye, 2015). Ces approches semblent bénéfiques pour la prévention des problèmes internalisés et externalisés (p. ex. le stress et l’anxiété, les symptômes dépressifs, les comportements perturbateurs, les difficultés d’attention, etc.) chez les enfants et les adolescents ; leur application en contexte éducatif peut donc s’avérer fort pertinente. 

Puisque la pleine conscience est reconnue pour soutenir l’adaptation, son application devient un outil à envisager par les professionnels qui travaillent auprès des enfants et des adolescents. Notons avant tout que l’être humain dispose d’une capacité adaptative consistant à percevoir le présent comme étant le meilleur moment possible de leur vie en comparaison avec le passé ou le futur (Gomez et al., 2013). De plus, la centration sur le moment présent serait liée à une meilleure capacité émotionnelle à composer avec le passé et une orientation vers le futur plus positive et développée (Wittmann et al., 2014). Si la pleine conscience permet de vivre pleinement l’instant présent, il ne s’agit cependant pas de « vivre pour le présent » de manière purement hédoniste, mais de vivre « dans le présent » sans penser à ce que l’on va faire plus tard ni aux évènements passés (Csillik et Tafticht, 2012). Et comme l’ont avancé plusieurs auteurs, la pleine conscience ne se limite pas à la méditation, malgré le fait que les programmes d’intervention axent leurs enseignements sur les techniques méditatives. 

Peu d’écrits scientifiques documentent les autres activités qui favorisent la pleine conscience, tant chez les jeunes que chez les adultes. Cependant, il est possible que la pleine conscience soit stimulée à travers différentes activités qui amènent le corps à bouger et qui exigent, dans un certain sens, que les processus attentionnels soient centrés sur le moment présent. En effet, s’il est commun de considérer que l’atteinte de la pleine conscience passe par le calme du corps et du mental, le calme ne serait toutefois pas une condition nécessaire à la pleine conscience tant et aussi longtemps que la conscience porte sur ce qui se passe ici et maintenant (Gim, 2009). Amener la conscience au moment présent est donc possible, et pour certains enfants et adolescents, peut-être même facilité, par l’expérience du corps en mouvement et la qualité de ce qui est vécu dans l’ici et maintenant. Les activités de vie quotidienne, de loisir et d’apprentissage représentent des moments particulièrement riches pour explorer la pleine conscience avec les enfants et les adolescents. Trois types d’observation peuvent notamment guider cette exploration : 1) l’observation du corps (respiration, sensations) ; 2) l’observation des émotions (agréables, désagréables, neutres) et 3) l’observation des pensées (Gim, 2009 ; Gosselin et Turgeon, 2015 ; Malboeuf-Hurtubise et Lacourse, 2016 ; Deplus et al., 2014; Deplus et Lahaye, 2015). Pour faciliter ces observations, des programmes et des stratégies d’intervention utilisent notamment des images, des métaphores, des sons ou des objets qui font sens pour les jeunes. Également, ces applications proposent des exercices de respiration, de méditation de pleine conscience et de mouvement conscient pour permettre à l’enfant ou à l’adolescent de développer sa compétence en présence attentive, dans l’ici et maintenant. 

Références

Bishop, S. R., Lau, M., Shapiro, S., Carlson, L., Anderson, N. D., Carmody, J., Segal, Z. V., Abbey, S., Speca, M., Velting, D., Devins, G. (2004). Mindfulness: a proposed operational definition. Clinical Psychology: Science and Practice, 11(3), 230-241. doi:10.1093/clipsy.bph077

Bouvet, C., Grignon, C., Zachariou, Z. et Lascar, P. (2015). Liens entre le développement de la pleine conscience et l’amélioration de la dépression et de l’anxiété. Annales médico-psychologiques, 173(1), 54-59. doi:10.1016/j.amp.2013.09.016

Brown, K. W. et Ryan, R. M. (2003). The benefits of being present: mindfulness and its role in psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 84(4), 822-848. doi:10.1037/0022-3514.84.4.822

Csillik, A. et Tafticht, N. (2012). Les effets de la mindfulness et des interventions psychologiques basées sur la pleine conscience. Pratiques psychologiques, 18(2), 147-159. doi:10.1016/j.prps.2012.02.006

Deplus, S. et Lahaye, M. (2015). La pleine conscience chez l’enfant et l’adolescent. Bruxelles, Belgique : Éditions Mardaga.

Deplus, S., Lahaye, M. et Philippot, P. (2014). Les interventions psychologiques basées sur la pleine conscience avec l’enfant et l’adolescent : les processus de changement. Revue québécoise de psychologie, 35(2), 71-116.

Germer, C. K. (2013). Mindfulness. What is it? What does it matter? Dans C. K. Germer, R. D. Siegel, et P. R. Fulton (dir.), Mindfulness and Psychotherapy (2e éd.), p. 3-35. New York, NY: The Guilford Press.

Gim, JM. (2009). Toward a quality of leisure experience: the practice of mindfulness. World Leisure Journal, 51(2), 105-109. 

Gomez, V., Grob, A. et Orth, U. (2013). The adaptative power of the present: perceptions of past, present, and future life satisfaction across the life span. Journal of Research in Personality, 47(5), 626-633.

Gosselin, M.-J. et Turgeon, L. (2015). Prévention de l’anxiété en milieu scolaire : les interventions de pleine conscience. Éducation et francophonie, 43(2), 50-65.

Kabat-Zinn, J. (2003). Mindfulness-based interventions in context: past, present, and future. Clinical Psychology: Science and Practice, 10(2), 144-156. 

Kabat-Zinn, J. (2015). Mindfulness. Mindfulness, 6(6), 1481-1483. doi:10.1007/s12671-015-0456x

Malboeuf-Hurtubise, C. et Lacourse, É. (2016). Mission méditation. Pour des élèves épanouis, calmes et concentrés. Québec, Québec : Éditions Midi trente. 

Ngô, T.-L. (2013). Les thérapies basées sur l’acceptation et la pleine conscience. Santé mentale au Québec, 38(2), 35-63. doi:10.7202/1023989ar

Shapiro, S. L., Carlson, L. E., Astin, J. A. et Freedman, B. (2006). Mechanisms of mindfulness. Journal of Clinical Psychology, 62(3), 373-386.

Williams, J. M. G. et Kabat-Zinn, J. (2011). Mindfulness: diverse perspectives on its meaning, origins, and multiple applications at the intersection of science and dharma. Contemporary Buddhism, 12(1), 1-18.

Wittmann, M., Peter, J., Gutina, O., Otten, S., Kohls, N. et Meissner, K. (2014). Individual differences in self-attributed mindfulness levels are related to the experience of time and cognitive self-control. Personality and Individual Differences, 64, 41-45.

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