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L'inclusion des enfants ayant des besoins particuliers dans les services de garde : une réalité ou un souhait?

04/12/2019 14:00:00

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Une plage de sable dans un coin du local. Des éclats de rire. Des grains qui glissent entre les doigts. Et trois enfants heureux de jouer ensemble dans cette plage improvisée, créée par leur éducatrice. Échange de chaudières, discussion sérieuse concernant la construction de la route pour les petites voitures colorées en plastique, partage d’un moment de jeu, le tout sous l’œil attentif de l’éducatrice.

Voilà une scène qui peut être observée dans un service de garde éducatif à l’enfance (SGÉE) où l’éducatrice cherche à créer des contextes favorables au développement global des enfants. En ajoutant une variable à la situation, à savoir que l’un des trois petits qui jouent présente un trouble du spectre de l’autisme (TSA), il s’agit là d’une scène illustrant bien une inclusion réussie. 

Depuis plusieurs années, la question de l’inclusion des jeunes enfants ayant des besoins particuliers est au cœur des préoccupations de nombreuses professionnelles1 à l’enfance. Dans la version révisée du programme éducatif Accueillir la petite enfance (ministère de la Famille, 2019), l’inclusion des enfants à besoins particuliers fait partie des trois grandes missions des SGÉE. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, et malgré les bénéfices d’une inclusion dès le plus jeune âge, beaucoup d’obstacles sont encore à franchir.

Faisons donc un petit tour d’horizon de cet accueil à visée inclusive des enfants à besoins particuliers au Québec.

Le politiquement correct

L’année 1983 est marquée par l’adoption d’une première politique d’intégration en vue de faciliter l’accueil des enfants à besoins particuliers dans les SGÉE (Baillargeon, 1986). 

Puis, depuis 2001, le Guide pour faciliter l’action concertée en matière d’intégration des enfants handicapés dans les services de garde permet de définir des objectifs d’accueil précis: «[…] favoriser l’accès et la participation à part entière des enfants […], soutenir les SGÉE […] et favoriser la participation des parents […]» (Comité provincial sur l’intégration des enfants handicapés dans les services de garde, 2001, p. 41). Enfin, la loi de décembre 2005 sur les SGÉE indique que ceux-ci doivent assurer la santé, le développement, le bien-être et l’égalité des chances de tous les enfants, dont ceux qui présentent des besoins particuliers.

Malgré ces lois promouvant l’intégration des enfants à besoins particuliers au sein des installations destinées à la petite enfance, il faut savoir qu’aujourd’hui encore les SGÉE n’ont aucune obligation légale d’accueillir les enfants à besoins particuliers (Point et Desmarais, 2011). Leur accueil reste soumis au bon vouloir des directions et des administrations des SGÉE. Au Québec, un flou persiste donc autour de cet accueil.

L’inclusion…

Au Québec, près de 225 000 enfants âgés de moins de 5 ans fréquentent un SGÉE, dont 2% ayant des besoins particuliers (ministère de la Famille, 2014). Pour ces quelque 4500 enfants, des stratégies sont déployées dans le but de faciliter leur intégration en contexte éducatif: par exemple, la conception de guides et de plans d’intervention visant à orienter le travail des éducatrices. 

Avant de poursuivre, il semble nécessaire de distinguer les termes «inclusion» et «intégration», derrière lesquels se cachent deux concepts bien différents. En effet, l’inclusion peut se définir comme l’adaptation de l’environnement de l’enfant pour lui permettre de se développer au mieux comme individu à part entière et entouré de ses pairs (Point et Desmarais, 2011). Leurs singularités étant reconnues et considérées, les enfants sont au cœur de ce concept (Thériault, 2007). Au final, il s’agit de valoriser et d’accueillir la diversité. Quant à la notion d’intégration, elle part du postulat que l’individu est d’abord exclu de son milieu, lequel tente de l’intégrer socialement et physiquement: l’enfant doit donc ici s’adapter à son environnement. La différence peut paraitre subtile, mais elle a une influence sur l’accueil de l’enfant en SGÉE. Aujourd’hui, bien que le concept d’inclusion soit à préconiser, celui d’intégration prime encore.

Les enfants ayant des besoins particuliers, comme tout autre, vont passer plusieurs heures par jour en SGÉE, entourés de leurs pairs et d’adultes de référence. Ces derniers sont les acteurs privilégiés participant à l’inclusion de l’enfant. Les éducatrices, à l’aide d’un plan d’intervention proposé par les professionnelles de la santé (p. ex., orthophonistes, ergothérapeutes, etc.), contribuent à créer le meilleur des environnements pour soutenir l’enfant dans ses apprentissages et son développement. Aussi, à la suite des réflexions politiques sur l’éducation en petite enfance, des éducatrices spécialisées sont amenées à intervenir de plus en plus en SGÉE auprès des enfants à besoins particuliers, mais aussi auprès des équipes.

Comme le soulignent Irwin, Lero et Brophy (2004), l’accueil en SGÉE contribue au développement global des enfants à besoins particuliers, tant en ce qui concerne la cognition que la communication, la participation sociale ou encore la motricité. En outre, accueillir ces enfants est aussi bénéfique pour leurs pairs et leurs familles: l’inclusion dès la petite enfance permet plus de tolérance et d’ériger en norme la différence (Pivik, McComas et Laflamme, 2002). L’entrée en SGÉE représente le premier pas de l’enfant vers la vie en société.

… et ses illusions

Malgré les efforts des milieux éducatifs en matière de pratiques inclusives permettant l’accueil des enfants à besoins particuliers, des obstacles persistent. En effet, comme l’indiquent Trépanier et Ayotte (2000), l’accessibilité aux SGÉE semble encore difficile. Par ailleurs, certaines installations ne bénéficient pas de soutien financier, ce qui entraine des lacunes sur le plan des stratégies éducatives pouvant être mises en place (Bégin, 1992; Lamarre, 1998; Moreau et Boudreault, 2002), telles que l’aide de professionnelles (éducatrices spécialisées). Aussi, les éducatrices déplorent le nombre d’un adulte pour dix enfants de 3 à 5 ans (Wolery et collab., 1993). Elles évoquent également un manque de formation (Tétreault, Beaupré et Pelletier, 2004), surtout en ce qui a trait à la gravité du handicap. Un enfant ayant un handicap physique leur semble plus facile à accompagner que celui ayant un trouble de comportement ou un retard intellectuel (Gazzoni et Beaupré, 1998).

Conclusion

L’accueil à visée inclusive au sein des SGÉE reste un sujet d’actualité. Malgré des SGÉE ouverts à l’inclusion, des obstacles subsistent, comme le manque de soutien financier de l’État ou la difficulté d’embaucher des éducatrices spécialisées pour accompagner enfants et équipes. Aussi, le manque de formation des éducatrices à l’enfance concernant l’accompagnement des enfants ayant des besoins particuliers semble être le défi majeur. Comment remédier à ces obstacles? Voilà une question qui demande réflexion pour l’accueil de tous les enfants, à besoins particuliers ou non.

Le métier d’éducateur et d’éducatrice à l’enfance étant très majoritairement représenté par des femmes, l’emploi du féminin sera utilisé tout au long de ce billet.

Références

Baillargeon, M. (1986). Entrez dans la ronde...: l’intégration des enfants handicapés dans les services de garde. Québec, Québec: Gouvernement du Québec, Office des services de garde à l’enfance.

Bégin, D. (1992). Pour commencer… L’intervention précoce auprès de l’enfant ayant une déficience et de sa famille. Québec, Québec: Office des personnes handicapées du Québec.

Comité provincial sur l’intégration des enfants handicapés dans les services de garde (2001). Guide pour faciliter l’action concertée en matière d’intégration des enfants handicapés dans les services de garde. Québec, Québec: Gouvernement du Québec. Repéré à: https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/SF_guide_integration_enfants_handicapes.pdf

Gazzoni, P. et Beaupré, P. (1998). Intégration en garderie: attitudes, connaissances des éducatrices et conditions en place. Revue francophone de la déficience intellectuelle, 9, 58-61.

Irwin, S. H., Lero, D. et Brophy, K. (2004). Inclusion: The next generation in child care in Canada. Wreck Cove, NS: Breton Books.

Lamarre, J. (1998). Vers une meilleure participation sociale des personnes qui présentent une déficience intellectuelle. Québec, Québec: Ministère de la Santé et des Services sociaux. Repéré à: https://laressource.ca/images/ressources/vers_une_meilleure_participation_sociale_des_personnes_qui_présentent_une_déficience_intellectuelle_pdf

Ministère de la Famille (2014). Regard statistique sur les jeunes enfants au Québec. Québec, Québec: Gouvernement du Québec. Repéré à: https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/regard_stat_jeunes_enfants.pdf

Ministère de la Famille (2019). Accueillir la petite enfance. Programme éducatif pour les services de garde éducatifs à l’enfance. Québec, Québec: Les Publications du Québec. Repéré à: https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/programme_educatif.pdf

Moreau, A. C. et Boudreault, P. (2002). Stratégies d’inclusion. Guide pour les parents et le personnel du préscolaire, visant à favoriser l’émergence d’une communauté inclusive. Québec, Québec: Université du Québec à Hull. Repéré à: http://w3.uqo.ca/moreau/pdf/vi_g02f.pdf

Point, M. et Desmarais, M.-É. (2011). L’inclusion en service de garde au Québec: la situation d’une étape essentielle. Éducation et francophonie, 39(2), 71-86. https://doi.org/10.7202/1007728ar

Pivik, J., McComas, J. et Laflamme, M. (2002). Barriers and facilitators to inclusive education. Exceptional Children, 69(1), 97-107. https://doi.org/10.1177/001440290206900107

Tétreault, S., Beaupré, P. et Pelletier, M.-E. (2004). Programme de préparation à l’inclusion et de soutien à la transition destiné à l’entourage des enfants d’âge préscolaire vivant des situations de handicap. Québec, Québec: Université Laval. Repéré à: http://w3.uqo.ca/transition/carte/materiel/partie1.pdf

Thériault, C. (2007). Faciliter l’intégration et l’inclusion des enfants ayant des besoins particuliers. Outremont, Québec: Les Éditions Québecor.

Trépanier, S. et Ayotte, S. (2000). Intégration des enfants ayant des incapacités dans les services de garde à l’enfance du Québec. Bulletin d’information statistique de l’OPHQ, n° 12.

Wolery, M., Brookfield, J., Huffman, K., Schroeder, C., Martin, C., Venn, M. et Holocombe, A. (1993). Preparation in preschool mainstreaming as reported by general early education faculty. Journal of Early Intervention, 17(3), 298-308.

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