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Des astuces pour enseigner le vocabulaire

06/09/2017 09:29:40

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Dans notre dernier billet, nous vous avons présenté la pertinence de l’enseignement explicite et plurimodal du vocabulaire. Dans celui-ci, nous vous présentons des exemples d’activités permettant de travailler le vocabulaire de cette façon.

Avant de commencer ces activités avec vos élèves, il faut tout d’abord leur présenter les mots qui y seront travaillés et expliquer leur sens. Pour l’enseignement du sens des mots, Beck, McKeown et Kucan (2013) suggèrent de ne pas utiliser une définition tirée d’un dictionnaire, mais plutôt de présenter aux élèves une définition qui leur est le plus accessible possible, en donnant d’abord la catégorie générale du mot pour ensuite préciser ce qui le caractérise. Par exemple, une définition accessible du mot lunette serait « c’est un instrument qui permet de voir plus clair, de mieux distinguer de près ou de loin ». Enfin, on devrait accompagner cette définition de quelques exemples en contexte de phrases pour assurer une meilleure compréhension du sens du mot travaillé de la part des élèves. Par la suite, les activités permettant de travailler la forme, le sens et l’utilisation des mots enseignés peuvent être réalisées.

 

Travailler la forme des mots

 

Comme nous l’avons précisé dans notre premier billet, un mot est formé de constituants, par exemple des graphèmes ou des morphèmes, qui doivent être enseignés de manière explicite. Nous proposons deux activités pour travailler la forme des mots. La première activité porte sur les bases morphologiques. Pour expliquer aux élèves ce qu’est une base, on peut utiliser l’exemple suivant : Cet animalier travaille dans une animalerie où l’on prend soin des animaux. Animal est un mot généralement connu des élèves, donc ceux-ci pourront vous dire qu’une animalerie est un endroit qui contient des animaux. En leur demandant quelle partie du mot animalerie peut les aider à comprendre ceci, on fait identifier aux élèves la base animal qui se retrouve à la fois dans animalerie et animaux. Lorsque les élèves comprennent bien la notion de « base », on peut leur demander d’encercler la base de plusieurs mots qui sont à l’étude. La tâche peut se complexifier lorsque la base d’un mot a subi des changements, comme conduire dans conducteur et musique dans musicien. C’est aussi une belle occasion de découvrir l’origine des mots en cherchant dans le dictionnaire pour voir comment a été formé musicien, par exemple (musique + –ien).

La deuxième activité permet de s’intéresser à la multigraphémie. Plusieurs phonèmes (ou sons) peuvent s’écrire de différentes façons. En conséquence, il importe d’enseigner aux élèves à se questionner et à visualiser les mots contenant un phonème multigraphémique de manière à ce qu’ils se créent une représentation mentale de ces mots. Pour les mots contenant le phonème [an], par exemple, qui peut s’écrire de plusieurs façons (an, en, em, etc.), on peut demander aux élèves de visualiser le mot dans leur tête, de se questionner sur les lettres utilisées pour écrire le son, puis d’écrire le mot au tableau avec la bonne graphie. Cette activité permet aussi de travailler les consonnes doubles, les différentes graphies du son [o] ainsi que les règles de position (comme le s intervocalique, le n devenant m devant p et b). Bien que les élèves de 2e et 3e cycle connaissent généralement ces règles, nous avons remarqué qu’ils ne les appliquent pas toujours. Leur demander de s’arrêter et de se questionner avant d’écrire un mot leur permet de mettre en application leurs connaissances.

 

Travailler le sens des mots

 

Nous suggérons trois activités pour travailler le sens des mots: la recherche de synonymes, le vocabulaire en questions et la composition d’indices.

La recherche de synonymes se fait en contexte de phrases. Une phrase contenant un des mots à l’étude est présentée à l’élève, et il doit trouver un synonyme qui pourrait remplacer ce mot dans la phrase sans en changer le sens. Par exemple, dans la phrase c’était un cauchemar terrible, on pourrait remplacer terrible par les synonymes suivants : effrayant, horrible, épouvantable, apeurant. C’est une activité intéressante à faire en équipe : le défi peut être de trouver le meilleur synonyme, ou alors de trouver le plus de synonymes possible.

La deuxième activité, le vocabulaire en questions, consiste à poser aux élèves des questions auxquelles ils peuvent répondre par oui ou par non. En groupe classe, on demande aux élèves de voter pour la bonne réponse et d’expliquer leur réponse. Les questions doivent être formulées pour préciser le sens des mots ou éliminer de possibles confusions. Par exemple, pour le mot fricasser (mijoter dans une sauce), on peut penser à la question suivante : est-ce que je peux fricasser un verre? À un élève qui dirait oui, on pourrait alors demander ce qui arrive au verre si on le fricasse, pour lui faire réaliser la distinction avec fracasser. À un élève qui répond non, on pourrait lui demander ce qu’on pourrait fricasser afin de pousser sa réflexion plus loin.

La troisième activité est la composition d’indices. En équipe de deux, les élèves sont amenés à composer des indices qui doivent permettre aux autres élèves de trouver le mot auquel ils font référence. Les indices doivent porter seulement sur le sens des mots; un élève ne pourrait donc pas dire que c’est un mot qui commence par la lettre p, par exemple. Pour le mot pomme, on pourrait utiliser les indices suivants :

  • C’est un fruit;
  • On le cueille à l’automne;
  • On peut en faire des tartes.

Ensuite, les élèves présentent leurs indices à une autre équipe, ou à toute la classe, pour faire deviner le mot. Les élèves présentent un indice à la fois et poursuivent si les autres n’arrivent pas à trouver le mot. Un défi supplémentaire pourrait être de leur faire deviner un mot avec le moins d’indices possible!

 

Travailler l’utilisation des mots

 

Les activités d’utilisation demandent aux élèves d’utiliser les mots en contexte de phrases, ce qui permet de mieux comprendre les relations entre les mots et de travailler les cooccurrences. Nous proposons trois activités : les mots partenaires, les phrases élastiques et le sketch.

Pour les mots partenaires, il faut d’abord expliquer ce qu’est un mot partenaire. La signification du mot partenaire est un bon point de départ : on peut dire aux élèves qu’un partenaire est une personne avec laquelle on travaille. Des mots partenaires sont donc des mots qui « travaillent » bien ensemble et qu’on peut utiliser dans une même phrase. Pour cette activité, les élèves doivent choisir deux mots parmi quatre suggérés qui seraient de bons mots partenaires du mot ciblé. Pour justifier leur choix, ils doivent les utiliser ensemble dans une phrase. Par exemple, pour le mot direction, il faudrait choisir deux mots partenaires dans les choix suivants : bonne, manger, indiquer et gentille. Les bons mots partenaires seraient bonne (aller dans la bonne direction) et indiquer (indiquer la direction à quelqu’un).

L’activité des phrases élastiques est également très appréciée des élèves. L’objectif de cette activité est de partir d’une phrase de base simple et courte et d’y ajouter les mots à l’étude pour l’allonger, l’étirer comme un élastique. Avec la phrase de base le garçon court et les mots habitude, plutôt, secours et couper, par exemple, on peut créer une longue phrase élastique : Plutôt que de marcher comme à l’habitude, le garçon court en appelant au secours parce qu’il s’est coupé le doigt. On peut varier l’activité en proposant plusieurs phrases de base auxquelles les élèves doivent ajouter au moins deux mots parmi les mots à l’étude, ou alors lancer un défi aux élèves en leur demandant d’ajouter à une phrase le plus de mots possible parmi ceux qui sont à l’étude.

Enfin, l’une des activités les plus populaires pour travailler l’utilisation des mots est le sketch. Dans cette activité, un mot est attribué à chaque équipe de trois ou quatre élèves. Les élèves créent un court sketch (30 secondes environ) dans lequel ils doivent utiliser le mot et donner sa définition. Quand les équipes sont prêtes, elles présentent leur sketch devant le reste de la classe qui doit ensuite juger si le mot a été bien utilisé dans le sketch présenté. Si ce n’est pas le cas, on peut demander des suggestions aux élèves spectateurs. Une histoire de pirates qui essaient d’apercevoir une ile au trésor avec leur lunette ou un examen de mathématiques bien trop simple sont des exemples sketchs pendant lesquels l’imagination des élèves peut être surprenante!

Pour conclure, connaitre un mot n’est pas que connaitre sa définition. Les activités que nous vous avons présentées permettent de travailler le vocabulaire en fonction de ses trois aspects : la forme, le sens et l’utilisation. Ce faisant, on favorise une compréhension approfondie des mots à l’étude auprès des élèves, en plus de contribuer au développement de leurs habiletés de lecture et d’écriture.

 

 

Références

Beck, I. L., McKeown, M. G. et Kucan, L. (2013). Bringing Words to Life: Robust Vocabulary Instruction. (2e éd.). New York, NY: The Guilford Press.

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