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Comment favoriser la mémorisation d’information chez l’enfant

28/03/2018 11:03:45

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Les parents d’enfants en difficultés sont souvent les premiers découragés vis-à-vis des leçons ou des résultats des contrôles de leur enfant. Généralement, la période d’étude est affligeante, souvent conflictuelle et quelquefois vécue en grande catastrophe! Avant même de commencer, l’enfant sait qu’il réussit mal, le parent anticipe sa mauvaise attitude, ce qui engendre un stress important et exacerbe la situation déjà tendue entre le parent et l’enfant. Souvent, les larmes, les cris et les crises achèvent finalement les protagonistes!

Nous proposons ici quelques stratégies pour rendre la période d’étude à la maison ou de rééducation à l’école agréable et efficace. Nous donnons comme exemple l’apprentissage des mots de vocabulaire, mais les stratégies peuvent s’appliquer à d’autres situations. Il est à noter que dans l’exemple que nous donnons, les mots à apprendre ne sont pas organisés à l’avance par régularités orthographiques, ce qui demeure optimal lorsque cela est possible. Par ailleurs, avant d’entrer dans le vif du sujet, nous rappelons qu’il est important d’ajuster, dans un premier temps, le niveau de difficulté au besoin de l’enfant. Par exemple, un jeune dysorthographique présentant un TDAH qui doit mémoriser l’orthographe d’une quinzaine de mots à l’âge de 9 ans rencontre probablement un défi que l’on peut amoindrir en diminuant le nombre de mots de la liste.

 

Organiser l’information pour aider l’enfant à la mémoriser

Une fois la liste de mots établie (voir la figure 1), on suggère au parent ou au pédagogue de la présenter dans un format structuré, logique et ludique, si elle ne l’est pas déjà. Par exemple, le parent ou l’intervenant forme préalablement des regroupements par catégories à partir de la liste de mots à l’étude pour la semaine. De cette manière, on favorise la rétention puisqu’enregistrer des catégories plutôt que des unités éparses de données qui n’ont pas de lien simplifie la mémorisation (Gagné, Leblanc, & Rousseau, 2009).

 

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Figure 1. Exemple de liste de mots à mémoriser pour la semaine

 

Le parent, comme l’intervenant, pourrait par exemple regrouper les mots ayant des sons qui s’écrivent de la même façon (p. ex. phoque et téléphone), des lettres muettes en final, des lettres qui redoublent, des mots de même famille, des mots avec des lettres rares ou des accents, etc. (voir la figure 2). Lorsque certains mots ne s’inscrivent dans aucune catégorie, il est possible de créer une catégorie artificielle et de lui donner du sens pour l’enfant (personnellement, j’aime bien parler aux élèves d’une catégorie « poubelle »!).

Une fois cette organisation faite, on réécrit les mots en grosses lettres moulées avec des couleurs différentes et dans des espaces différents sur la feuille, de telle sorte que l’apprenant peut aussi s’appuyer sur sa mémoire visuospatiale (il se rappelle les mots qui étaient en rouge, dans le coin gauche, par exemple). On peut aussi raconter une historiette pour l’aider à mémoriser l’orthographe d’un mot plus complexe (p. ex., pour le mot sirop, on dessine un pot pour recueillir la sève). Ainsi, la mémorisation des mots ne fait plus seulement appel à la partie du cerveau capable de mémoriser des connaissances de type plus encyclopédique (cortex et hippocampe), mais elle sollicite en plus le cerveau limbique, sensible à l’émotion.

 

Sans titreFigure 2. Exemple de liste de mots catégorisés.

 

Une fois cette feuille élaborée, on explique à l’enfant les catégories retenues, on lui demande de lire les mots des catégories, de souligner les difficultés de même que les pièges à l’intérieur des mots difficiles.

Il est crucial de comprendre que la tâche de catégorisation doit être faite par l’adulte puisque l’enfant déjà maladroit dans ses dictées n’a probablement pas, à son niveau, la capacité de créer des catégories logiques. Il risque plutôt de tomber dans le piège de se créer des catégories aléatoires, plus artistiques que cohérentes et pragmatiques. Il pourrait par exemple dire : « Je sais, j’ai une bonne idée, je vais placer le mot sirop avec journée dans la même catégorie parce que je vais me souvenir de la journée du sirop! » Mignon, certes, mais peu aidant pour la mémorisation de l’orthographe des mots! Cette activité peut s’appliquer aussi en groupe classe. C’est alors l’enseignant qui expose à ses élèves sa liste préalablement structurée de mots à l’étude et qui la transmettra à la maison pour l’étude avec les parents.

 

Favoriser la mémorisation pendant l’étude

Pour l’étude des mots, on peut encadrer l’enfant en lui offrant une feuille adaptée et structurante (voir la figure 3). Il n’a alors qu’à y recopier les mots lors du premier jour d’apprentissage étant donné qu’il a déjà eu à faire un certain travail en lisant, en soulignant et en comprenant les catégories proposées par l’adulte.

 

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Figure 3. Exemple de feuille adaptée et structurante pour l’étude du vocabulaire.

 

Lors d’une autre séance à la maison ou en classe, l’enfant peut se faire dicter les mots et les écrire un à la fois (il est possible d’inculquer cette routine aux élèves en classe). Le parent ou l’enseignant doit par contre intervenir immédiatement devant chaque erreur commise par l’enfant. En classe, cela suppose que l’enseignant se promène dans la classe, une efface à la main. On évite ainsi que l’enfant soit exposé à l’erreur. La recherche démontre en effet que, plus on est exposé à l’erreur, moins on acquiert l’orthographe lexicale correcte (Stanké, 2015). De cette façon, aucune information erronée n’est mémorisée, ce qui diminue les doutes possibles quant à l’orthographe de certains mots lors de la journée « fatidique » de la dictée. De plus, si l’enfant reçoit une bonne rétroaction immédiate, le mot suivant a plus de chance d’être écrit correctement, étant donné qu’il se retrouve peut-être dans la même catégorie. Par exemple, si l’enseignant dit : « Regarde Magalie, il te manque un petit e muet à la fin de ton mot poupée », cette élève a de plus grandes chances de penser au e muet du mot suivant : journée!

Un autre avantage non négligeable de cette méthode est qu’elle permet de se soustraire à la pénible tâche de la correction à la fin de la pratique ou de la dictée (p. ex., recopier les mots mal écrits trois fois chacun). On comprend que l’estime de l’enfant est plus facilement préservée avec cette tactique. Au cours des prochains jours de la semaine, l’étude des mêmes mots se poursuit de la même manière, on peut même ajouter le défi de dicter une phrase simple et courte en reprenant ces mots afin d’appliquer quelques règles de ponctuation et d’accord (p. ex. : Les belles journées sont chaudes); on y ajoutera peut-être même l’étude de la conjugaison ou d’une table de multiplication sur une feuille ludique (voir la figure 4).

 

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Figure 4. Exemple de feuille adaptée et structurante pour l’étude du vocabulaire, de la conjugaison et des tables de multiplication.

 

En conclusion

Si l’on apprend au parent à « jouer » durant l’étude ou que le pédagogue le fait lui-même, l’enfant trouvera la période des devoirs moins ardue et plus motivante. Celle-ci pourra devenir un moment de complicité et générera ainsi moins de tension. Comme je l’ai déjà précisé, cette façon d’étudier peut s’appliquer à toute autre matière. Mais quelques mots d’ordre demeurent : ajuster, synthétiser et structurer l’information, s’appuyer sur des repères visuels, rendre l’étude ludique, logique et signifiante, grossir les caractères, utiliser diverses couleurs, etc. Voilà donc quelques pistes pour étudier dans un confort pédagogique!

 

Références

Caron, A. (2006, 10 novembre). Continuum de relation à la tâche, inspiré du modèle de Vygosky. Communication présentée lors du Symposium sur l’attention et les fonctions exécutives : Les défis du traitement et de la rééducation, organisé par le Centre d’évaluation neuropsychologique et d’orientation pédagogique (CÉNOP), Montréal, QC.

Gagné, P.-P, Leblanc, N., & Rousseau, A. (2009). Apprendre… une question de stratégies. Québec : Édition Chenelière.

Lussier, F. (2011). 100 idées pour mieux gérer les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/h) et pour aider les enseignants, les parents et les enfants. Paris : Éditions Tom Pousse.

Stanké, B. (2015). Une aide technologique pour écrire plus et mieux. Québec. École branchée.

Wodon, I. (2013). Déficit de lattention et de lhyperactivité chez lenfant et ladolescent : Comprendre et soigner le TDAH. Liège : Mardaga.

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