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3 astuces pour aider les élèves à s’engager à l’école

27/09/2017 11:01:55

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Pourquoi s’intéresser à l’engagement scolaire?

La motivation et l’engagement des élèves sont au cœur des préoccupations des parents, des enseignants, du personnel scolaire, ainsi que des chercheurs. La raison est simple : les élèves motivés et engagés à l’école tendent à persévérer et à réussir. Afin d’obtenir le fameux diplôme d’études secondaires qui est pratiquement un incontournable pour la vie adulte, motivation et engagement scolaire vont de pair. Pourtant, l’un et l’autre ne sont pas synonymes. La motivation est l’intention et l’énergie à la base de l’action humaine. L’engagement est cette énergie transposée en actions concrètes.

Ainsi, être motivé à l’école ne suffit pas pour assurer la persévérance scolaire. Les élèves doivent être engagés pour apprendre, comprendre, maitriser et réussir les tâches qui leur sont proposées. À l’inverse, les élèves désengagés sont plus à risque d’avoir de mauvais résultats et de décrocher.

L’engagement scolaire se situe à trois niveaux : comportemental (écouter l’enseignant, participer, respecter les consignes), affectif (aimer, être intéressé et être enthousiasmé par les apprentissages) et cognitif (désirer comprendre et réussir les tâches proposées en classe). Conjointement, ces trois dimensions de l’engagement s’interinfluencent pour assurer la persévérance des élèves. En fait, l’engagement scolaire est l’un des meilleurs indicateurs du risque de décrochage des élèves, et ce, très tôt, dès le début de la scolarité.

 

Comment se développe l’engagement chez la majorité des élèves?

L’engagement scolaire n’est pas fixe. Il tend plutôt à varier au fil du temps en réponse à plusieurs influences. Ainsi, les élèves peuvent présenter des trajectoires d’engagement diverses. La majorité d’entre eux demeurent engagés de manière stable au fil des années. Par contre, pour plusieurs, l’engagement scolaire tend à diminuer légèrement dans le temps, les élèves étant donc plus engagés au primaire qu’au secondaire. De même, les élèves se disent généralement plus engagés en début d’année scolaire qu’en fin d’année. Ces légères diminutions d’engagement observées chez la plupart des élèves ne constituent toutefois pas une menace pour leur persévérance et leur réussite à l’école.

 

Quand ça ne se passe pas comme prévu…

Certains élèves font face à des défis particuliers et ne suivent pas la même trajectoire d’engagement à l’école que les autres. Plutôt que demeurer stable, leur engagement tend à diminuer, soit de façon précoce – dès le primaire ou au début du secondaire – soit de façon plus tardive – vers la fin du secondaire.

Plusieurs études ont tenté d’identifier les facteurs accentuant le risque que certains élèves s’inscrivent dans des trajectoires de désengagement. On remarque notamment que les enfants de milieux défavorisés et les garçons sont plus à risque. Les problèmes de comportement, particulièrement l’inattention, ainsi que le manque de soutien à la maison, les difficultés relationnelles avec les enseignants et les pairs à l’école, l’anxiété, la dépression, la victimisation par les pairs et l’échec scolaire sont également des facteurs associés à un plus faible engagement. Ces facteurs augmentent le risque de désengagement, mais ne sont pas des fatalités. Autrement dit, ce ne sont pas tous les élèves qui présentent un de ces risques qui seront désengagés. Néanmoins, puisque ces facteurs se mettent en place très tôt dans la scolarité des élèves, il importe d’intervenir le plus rapidement possible pour contrecarrer leurs retombées négatives.

 

Comment agir auprès des élèves désengagés?

Puisque l’engagement scolaire est malléable, plusieurs interventions sont envisageables. Certaines d’entre elles peuvent être mises en place pour des classes complètes, voire des écoles, alors que d’autres ciblent des élèves en particulier. Dans tous les cas, il est essentiel d’employer des interventions qui correspondent aux besoins des élèves, particulièrement leurs besoins d’appartenance, de compétence et d’autonomie.

  • Favoriser le sentiment d’appartenance à l’école

Les élèves qui ont un bon sentiment d’appartenance à l’école s’y sentent bien, s’y reconnaissent et ont aussi l’impression de faire partie du groupe. Voici des actions qui amènent les jeunes à se sentir à l’aise dans leur milieu scolaire :

  • Développer des relations significatives avec des adultes à l’école. Entretenir une bonne relation avec son enseignant favorise généralement l’engagement des élèves en classe, et particulièrement des élèves en difficulté. Or, pour certains élèves, ce soutien n’est pas suffisant. Le programme Check & Connect suggère de jumeler les élèves à risque de désengagement avec un mentor. Ce mentor assure un suivi des comportements et des réussites de l’élève. Il devient donc une source de soutien et de référence vers qui l’élève peut se tourner s’il a des difficultés.

  • Développer des relations significatives avec les pairs. Les élèves qui ont des amis à l’école et qui font partie d’un groupe se disent généralement plus engagés. Lorsque ces relations ne se créent pas d’emblée, il est envisageable d’offrir des ateliers de développement d’habiletés sociales aux élèves qui ont des difficultés relationnelles. On peut aussi proposer des activités de jumelage où des jeunes prosociaux ont la responsabilité d’intégrer les jeunes qui ont des difficultés sociales.

  • Avoir des responsabilités en classe. Certains enseignants mettent en place un système de responsabilités pour leurs élèves (p. ex., effacer le tableau, porter des billets à la direction, ramasser les devoirs, etc.), qui changent à intervalles réguliers (p. ex., chaque semaine ou chaque mois). De telles responsabilités font en sorte que les élèves sentent qu’ils ont un rôle à jouer dans leur classe, que leur contribution y est importante. Les responsabilités ne devraient pas être perçues comme des privilèges pour les bons comportements, mais comme une façon d’impliquer tous les élèves.

  • Participer à des activités parascolaires. Les élèves qui participent à des activités sportives, artistiques, intellectuelles, etc., ont plus d’opportunités de tisser des liens avec d’autres élèves qui partagent des intérêts similaires et de vivre des expériences positives et enrichissantes à l’école. Ces activités ne devraient toutefois pas être réservées exclusivement aux élèves qui se comportent bien et qui réussissent.

  • Favoriser le sentiment de compétence dans les tâches à accomplir

Les élèves qui se sentent compétents à l’école perçoivent qu’ils sont bons, qu’ils sont en mesure d’atteindre les exigences de leur enseignant et que leurs notes sont à la hauteur de leurs attentes. En ce sens, pour favoriser le sentiment de compétence, les enseignants peuvent :

  • Proposer des tâches qui sont adaptées aux habiletés des élèves. Tout en suivant le cursus habituel, il est possible de prévoir des tâches qui permettront à tous les élèves de réussir. Si les élèves ont l’occasion de réussir des tâches, ils se sentiront plus compétents à l’école. Les tâches peuvent être de nature scolaire ou autre. Toutes formes de responsabilités (voir l’exemple précédent) ou d’activités qui offrent aux élèves plus faibles l’occasion de vivre une réussite favorisent leur sentiment de compétence.

  • Souligner les réussites, la progression et l’effort. Les élèves ne devraient pas être reconnus que pour leurs performances scolaires, mais également pour leur progression et leurs efforts. Être centré uniquement sur la performance peut altérer la motivation et l’engagement même des élèves qui réussissent bien. À l’inverse, souligner l’intérêt et la maitrise des apprentissages et reconnaitre l’effort favorise l’engagement (p. ex., féliciter un élève pour avoir suivi toutes les étapes de résolution d’un problème de mathématiques, d’avoir cherché des mots dans le dictionnaire, de s’être rapidement mis à la tâche, d’avoir rangé son matériel, d’avoir aidé un pair, etc.).

  • Favoriser le sentiment d’autonomie en classe

L’autonomie est généralement définie par la capacité à réaliser des choses par soi-même. En matière d’engagement scolaire, les élèves qui se sentent autonomes en classe perçoivent que l’école correspond à ce qui est important pour eux personnellement et qu’ils peuvent y faire des choix en accord avec leurs valeurs et leurs centres d’intérêt. Les interventions suivantes aident les élèves à développer leur sentiment d’autonomie :

  • Respecter le rythme de chaque élève. Afin de respecter le rythme de tous les élèves, il faut s’assurer que chacun a le temps d’accomplir les tâches demandées, mais également qu’aucun élève ne se retrouve avec rien à faire. Ainsi, on peut prévoir, par exemple, des tâches supplémentaires pour les élèves plus rapides, ce qui permet également aux élèves plus lents de terminer le travail entamé.

  • Expliquer aux élèves pourquoi les tâches et les apprentissages demandés sont importants. Si les élèves comprennent pourquoi ils doivent effectuer certains travaux, il leur sera plus facile de s’engager dans une tâche qu’ils considèrent comme utile. Ainsi, on peut utiliser des exemples ou des mises en situation pour faire comprendre le sens et l’importance d’une tâche. Il ne faut pas hésiter à demander directement aux élèves ce qu’ils en pensent s’ils ont eu l’occasion de mettre en application certaines tâches scolaires dans la vie de tous les jours.

  • Écouter et considérer l’opinion des élèves. Ici, l’idée est de faire sentir aux élèves que leur opinion compte et est respectée. On peut prévoir des moments de discussion et, lorsque possible, intégrer les suggestions des élèves aux habitudes de classe.

  • Offrir des choix. Les élèves qui sont en mesure de faire des choix en classe pourront adapter eux-mêmes leurs tâches à ce qu’ils considèrent comme important. On peut, par exemple, offrir des choix quant à l’ordre dans lequel des tâches sont effectuées, entre différents types de tâches qui permettent d’atteindre un même objectif d’apprentissage ou sur le thème d’un projet à réaliser.

 

 

Références

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