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Être parents d’un enfant ayant un TDAH : tout un défi !

20/12/2017 12:41:30

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Plusieurs parents d’un enfant présentant un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) vivent des difficultés importantes. Les caractéristiques de l’enfant et le stress vécu par les parents et la famille contribuent souvent au développement de difficultés et d’un déséquilibre dans le fonctionnement familial. Ce billet vise à faire le portrait du vécu de plusieurs familles ayant un enfant présentant un TDAH et à faire ressortir quelques solutions de base pour retrouver l’équilibre familial.

 

Caractéristiques particulières du TDAH

Les caractéristiques associées au TDAH sont des déficits sur le plan du contrôle de l’attention, de l’agitation et de l’impulsivité. Par exemple, les parents ont l’impression que l’enfant n’écoute pas et doivent constamment répéter les consignes; l’enfant gigotte et se balance sur sa chaise lors des repas s’il n’est pas tout simplement debout ; l’enfant peut voir un ballon et y donner un coup de pied de façon inattendue, ou encore il peut se faire bousculer légèrement et repousser l’autre brusquement. Tous ces types de comportements amènent les parents à vivre des frustrations et peuvent être un défi pour toute personne qui doit y faire face quotidiennement (Lavigueur, 2012).

 

Sources de stress et de pression des familles ayant un enfant présentant un TDAH

Dans son « guide de survie » pour les parents, Suzanne Lavigueur (2012) explique que plusieurs pressions et stress, vécus autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la famille, sont susceptibles de contribuer au déséquilibre des familles dont l’enfant ou un des enfants a un TDAH.

D’une part, il y a les sources de stress qui sont fréquemment observées dans toutes les familles et qui viennent teinter négativement la relation parent-enfant. Par exemple, le parent vivant un stress au travail ou ayant reçu une mauvaise nouvelle dans la journée devient moins disponible, moins patient et risque aussi d’être moins positif dans ses interactions avec les autres, y compris son enfant. Aussi, les reproches entre conjoints, notamment quant aux pratiques éducatives de l’un ou de l’autre, ajoutent aux tensions au sein de la famille.

D’autre part, il y a les sources de stress liées aux caractéristiques des enfants ayant un TDAH. À travers les difficultés à gérer les comportements de l’enfant, les escalades agressives entre parents et enfant prennent parfois de plus en plus de place. Une escalade d’agressivité est une guerre de pouvoir entre le parent et l’enfant où les attaques et les contre-attaques augmentent progressivement : « on demande, on ignore; on répète et on exige, on devient frustré, on répète et on menace. Finalement, on punit ou, au contraire, on laisse tomber… » (Lavigueur, 2012, p. 26). Ces escalades minent la relation parent-enfant en laissant chacun dans sa frustration et sa colère.

En outre, au-delà du noyau familial, les parents d’un enfant ayant reçu un diagnostic de TDAH sont souvent jugés plutôt que soutenus par la famille, les amis et les voisins. L’enfant est jugé « mal élevé » et les parents sont perçus comme responsables de ses comportements en raison de leur approche éducative soit trop autoritaire et rigide, soit, à l’inverse, trop permissive. Et même lorsque le TDAH est identifié, il est difficile pour l’entourage de départager ce qui appartient au TDAH, à l’enfant et à l’environnement, ce qui mène encore à cette tendance au jugement. Par ailleurs, puisque l’enfant fréquente un milieu scolaire, les parents entendent régulièrement parler des difficultés et des irritations du milieu. Malheureusement, l’accumulation de ces pressions peut en venir à épuiser une famille au plan émotif.

 

Impacts des caractéristiques du TDAH, des pressions et du stress sur la famille

La présence du TDAH peut donc mener au développement d’une relation parent-enfant conflictuelle et affecter le fonctionnement familial (Johnston & Mash, 2001). Les parents d’un enfant présentant un TDAH rapportent aussi un plus haut niveau de stress parental (Johnston & Mash, 2001), un sentiment de compétence parentale plus faible et un niveau de dépression plus élevé que les parents d’enfant sans TDAH (Tarver, Daley, & Sayal, 2015).

De plus, les caractéristiques du TDAH mettent au défi les capacités des parents à exercer leur rôle de façon cohérente et appropriée (Johnston & Jassy, 2007). Les études montrent que les parents d’un enfant ayant un TDAH, comparativement à ceux dont l’enfant n’a pas de difficulté, ont tendance à utiliser des pratiques éducatives plus coercitives et moins adaptées, donnent plus d’ordres, font davantage de reproches, sont moins à l’écoute des demandes d’attention positive et offrent moins de renforcements pour les bons comportements (voir notamment Nadeau, Normandeau, Massé, & Lessard, 2012). L’utilisation de pratiques éducatives inefficaces et coercitives dans la gestion des comportements de l’enfant peut ensuite contribuer à maintenir ou à amplifier les comportements problématiques de l’enfant (Johnston & Jassy, 2007) ainsi que contribuer au développement et au maintien d’un trouble de comportement chez l’enfant ayant un TDAH (Johnston & Mash, 2001; Deault, 2010).

 

Par où commencer ?

Alors, que peuvent faire les parents d’un enfant présentant un TDAH? Avant tout, les parents doivent reconnaitre le diagnostic et bien comprendre la nature du TDAH (Lavigueur, 2012). Ils doivent ensuite préserver la qualité de la relation avec l’enfant. Comment faire pour préserver cette relation qui est déjà peut-être prise dans une escalade d’agressivité? Selon Lavigueur (2012), la «recette» comprend trois ingrédients : être fier de son enfant et le lui communiquer, partager le plaisir d’être ensemble et savoir écouter l’enfant. Pour rester fier de l’enfant, les parents peuvent, par exemple, préparer un album photo de bons moments en famille qui leur permettra de maintenir une image positive de l’enfant lorsque des situations difficiles se produisent. Pour avoir du plaisir ensemble, les parents et l’enfant peuvent trouver une activité simple et facilement accessible qu’ils aiment faire ensemble (par exemple, jouer aux blocs Lego, faire des casse-têtes, jouer au soccer, etc.). L’idée est de réaliser celle-ci régulièrement en laissant de côté les problèmes du jour. Faire de petites activités dans l’humour et le plaisir vient solidifier la relation avec l’enfant. Enfin, écouter l’enfant se résume à l’aider et à l’accompagner dans son vécu.

En somme, il est important de se rappeler que ces éléments peuvent aider la famille à amorcer un retour à l’équilibre familial, mais bien d’autres services ou interventions, tels que les programmes d’entrainement aux habiletés parentales dont l’efficacité a été démontrée, peuvent également soutenir la famille. Enfin, il ne faut jamais oublier que les enfants présentant un TDAH ont souvent une grande créativité et présentent de belles forces qu’on gagne à mettre en lumière.

 

 

Références

Deault, L. C. (2010). A systematic review of parenting in relation to the development of comorbidities and functional impairments in children with attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD). Child Psychiatry and Human Development, 41(2), 168-192. doi:10.1007/s10578-009-0159-4

Johnston, C., & Jassy, J. S. (2007). Attention-deficit/hyperactivity disorder and oppositional/conduct problems: Links to parent-child interactions. Journal of the Canadian Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 16(2), 74-79.

Johnston, C., & Mash, E. J. (2001). Families of children with attention-deficit/hyperactivity disorder: Review and recommendations for future research. Clinical Child and Family Psychology Review, 4(3), 183-207.

Lavigueur, S. (2012). Ces parents à bout de souffle. (5e éd.). Longueuil, QC : Éditions Québecor.

Nadeau, M-F., Normandeau, S., Massé, L., & Lessard, J. (2012). Les interventions psychosociales auprès d’enfants présentant un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. Dans L. Turgeon & S. Parent (Éds), Interventions cognitivo-comportementale auprès des enfants et des adolescents, tome 2 : Troubles de comportement. Québec : Presse de l’Université du Québec.

Tarver, J., Daley, D., & Sayal, K. (2014). Attention-deficit hyperactivity disorder (ADHD): An updated review of the essential facts. Child: Care, Health & Development, 40(6), 762-774. doi:10.1111/cch.12139

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