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La musique : une pratique ludique pour soutenir le développement de l'autorégulation pendant la petite enfance

La musique : une pratique ludique pour soutenir le développement de l'autorégulation pendant la petite enfance

À l’âge préscolaire, la régulation des processus cognitifs, émotionnels et comportementaux permet à l’enfant d’interagir harmonieusement avec ses pairs et favorise sa première transition scolaire (Blair et Raver, 2015; Diamond, 2016). L’habileté à se réguler se développe au fil du temps et des expériences qui sont proposées à l’enfant au sein de son milieu familial et éducatif (Blair et Raver, 2012). Au moment de son entrée à l’école, le niveau d’autorégulation de l’enfant serait prédictif de son adaptation scolaire, tel que le rapportent des enseignants (Michaud Dumont, Tarabulsy, Sylvestre et Voisin, 2019). Ainsi, dans le but de soutenir le développement de l’autorégulation, différents programmes d’intervention ont fait l’objet de recherche et des recommandations quant aux pratiques reconnues pour leur efficacité ont été émises (Bierman et Torres, 2016). Toutefois, à notre connaissance, peu d’information semble disponible concernant l’apport de la musique à ce développement. Ce billet présente les données issues de la recherche s’étant intéressée aux liens entre la pratique de différentes activités musicales, informelles et formelles, et le développement de l’autorégulation chez l’enfant de 0 à 5 ans.

Les premières interactions musicales

Partout à travers le monde, dès sa naissance, l’enfant interagit avec sa mère par un langage empreint de musicalité[1] (Dissanayake, 2009; Malloch et Trevarthen, 2009; Papoušek, 1995). Ces premières interactions musicales encouragent la réciprocité dyadique, incitent l’enfant à exprimer ses besoins et ses émotions et permettent au parent de soutenir la régulation émotionnelle de son enfant (Vlismas, Malloch et Burnham, 2013). Dès sa naissance, le nouveau-né est sensible à la prosodie présente dans la parole et le chant, même lorsqu’il dort (Sambeth, Ruohio, Alku, Fellman et Huotilainen, 2008). Avant son premier anniversaire, l’enfant démontre une attention plus soutenue lorsqu’un chant lui est présenté avec expressivité (Nakata et Trehub, 2004; Corbeil, Trehub et Peretz, 2013; Costa-Giomi et Ilari, 2014).

S’apaiser grâce à la musique

En comparaison à la parole (infant-directed speech; adult-directed speech), l’écoute de l’enregistrement d’une chanson enjouée (interprétée par la mère) semble retarder les manifestations de détresse exprimées par l’enfant de 7 à 10 mois lorsqu’il se trouve dans une situation étrangère (Corbeil, Trehub et Peretz, 2016). De plus, la recherche indique que les chants partagés avec un adulte, que ce soit son parent ou son éducatrice, seraient explorés à nouveau par l’enfant lors des jeux libres (Young, 2002) ou des périodes de séparation (Sole, 2017). En somme, le fait de chanter avec un enfant et de lui offrir ensuite l’espace personnel dont il a besoin pour s’exprimer pourrait non seulement lui permettre de développer ses habiletés musicales, mais aussi l’encourager à utiliser la musique pour s’autoréguler.

Les programmes d’éducation musicale à la petite enfance et au préscolaire

De façon convergente, les résultats de recherches menées auprès d’enfants de 3 à 5 ans suggèrent que la participation à un programme d’éducation musicale proposant des activités musicales avec ou sans la présence du parent serait favorable au développement de l’autorégulation chez l’enfant. Un projet de recherche exploratoire a relevé que, comparativement aux enfants d’un groupe contrôle, les enfants engagés dans le programme Kindermusic® présentaient de meilleures performances à des tâches mesurant le contrôle inhibiteur (behavioral self-regulation). Ces mêmes enfants démontraient davantage de stratégies verbales comme parler, fredonner ou chanter pour soi-même lors des périodes d’attente ou d’un moment où on leur demandait de résister à une envie. Ils étaient aussi moins enclins à demander de l’aide à l’expérimentateur lors d’une tâche difficile (Winsler, Ducenne et Koury, 2011). Dans un autre contexte, les résultats d’un projet de recherche quasi expérimental mené en milieu éducatif indiquent que la participation à un programme d’éducation préscolaire enrichi en arts aurait un effet favorable sur le développement de la régulation émotionnelle des enfants de 4 à 5 ans (Brown et Sax, 2013). Ainsi, à la fin de l’année scolaire, les enfants du groupe expérimental ayant suivi le programme Head Start enrichi en arts démontraient une plus grande habileté à se réguler lors de l’expression d’émotions positives et négatives que les enfants du groupe témoin ayant suivi le programme Head Start non enrichi.

Il demeure toutefois que, même si les études présentées ci-dessus proposent des conclusions prometteuses, certaines limites méthodologiques diminuent la validité des résultats et témoignent de l’importance de poursuivre la recherche dans le domaine.

Quelques idées d’activités musicales associées à l’autorégulation

En pratique, il parait pertinent d’outiller le personnel éducateur et enseignant à animer certaines activités musicales. Parmi celles-ci, voici quelques exemples au cours desquels l’enfant est encouragé à maintenir son attention, à mémoriser des indications et à moduler son comportement moteur en fonction de celles-ci (Best et Miller, 2010; Winsler, Ducenne et Koury, 2011).

  • Danser au son de la musique, cesser tout mouvement lorsque la musique arrête.
  • Faire des jeux de doigts et des jeux de mains.
  • Jouer de la musique selon les consignes d’un chef d’orchestre, en suivant les changements de nuance (fort/doux) et de tempo (lent/rapide), par exemple.
  • Chanter en suivant un changement de nuance ou de tempo.
  • Chanter ou jouer de la musique à tour de rôle, selon le rôle qui nous a été attribué.
  • Frapper ou marcher en marquant une pulsation[2]

Conclusion et recherches futures

En résumé, la pratique de la musique à la maison et en contexte éducatif semble soutenir de façon complémentaire le développement de l’autorégulation chez le jeune enfant. À travers ses premières interactions musicales, le tout-petit découvre une forme de communication avec son parent ainsi qu’un outil d’autorégulation qu’il pourra éventuellement utiliser de manière autonome. Les programmes d’éducation musicale au préscolaire semblent également soutenir le développement de l’autorégulation par des activités dirigées plus complexes. En effet, les résultats d’études visant à mesurer l’effet de ces programmes offrent des conclusions prometteuses. Toutefois, il manque certaines données quant à la durabilité des effets, et il importe de se questionner sur les conditions dans lesquelles ces programmes doivent être implantés.

[1] La musicalité consiste en l'habileté innée qu'a l’humain de modifier la hauteur, le tempo, la durée et l’intensité des sons qu’il produit afin de communiquer un message, une intention ou une émotion (Dissanayake, 2009; Malloch et Trevarthen, 2009; Papoušek, 1995).

[2] Bien entendu, il importe de réaliser ces activités en prenant soin de maintenir un climat positif en classe.

Droit d’auteur : Evgeny Atamanenko / 123RF Banque d’images

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